Résultats du PISA 2015 (Volume I) L’excellence et l’équité dans l’éducation

Conférence de presse de Gabriela Ramos

Tout le monde connaît PISA. C’est l’instrument le plus important que l’on a pour mesurer la qualité, l’efficacité, et l’équité de nos systèmes éducatifs. Votre présence va nous permettre de nous focaliser sur les politiques publiques.

Je suis certaine que les medias ne manqueront pas l’opportunité d’informer sur les classements mais, on compte sur eux pour également nous aider à informer sur les leçons de PISA au niveau des politiques publiques.

Il faut que je fasse une précision. PISA 2015 n’évalue pas les réformes faites récemment car les enfants de 15 ans étaient scolarisés avant.

Je salue aussi Eric Charbonnier, le vrai expert de l’OCDE sur l’éducation en France. Donc, si vous avez des problèmes avec les données, demandez-lui. En revanche, si vous avez de compliments à faire, dites-les-moi.

  • PISA évalue la performance des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture. Cette année, l’accent est mis sur les sciences. 540 000 élèves  ont été évalués, représentatifs de 29 millions d’élèves âgés de 15 ans scolarisés dans 72 pays. 6 000 ont été évalués en France.
  • Diapos 3+4 Deux messages principaux. Malgré les grandes avancées scientifiques et technologiques  (vous vous imaginez, en 2006 nous n’avions pas de smartphones ou de Skype), et l’investissement massif dans l’éducation, la performance en sciences dans les pays évalués est restée à peu près identique ou a chuté depuis 2006. Ce sont de résultats décevants.
  • Mais la moyenne cache les différences entre pays. Comme chaque PISA, il y a des pays qui ont une performance de très haut niveau, mais qui l’obtiennent avec une égalité aussi élevée. Ce message se confirme à chaque édition de PISA.

Diapo 3: (pas de texte)

  • Parmi les pays de l’OCDE, seuls le Portugal et Israël ont amélioré leur performance. La France est restée stable, et 11 autre pays ont vu leur performance se détériorer.

Diapo 4+5: Quant à la place de la France,  elle est dans la moyenne des pays de l’OCDE avec un score de 495 points.

  • Singapour devance tous les autres pays participants. Le Japon, l’Estonie, la Finlande et le Canada sont les quatre pays les plus performants de la zone OCDE mais aussi l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Corée, la Slovénie, et le Royaume Uni. La France se situe au niveau de la moyenne avec l’Autriche, les États-Unis et la Suède et, derrière, l’Allemagne ou la Belgique.
  • Il faut savoir que 30 points d’écart en sciences équivaut environ à une année de scolarité. Les élèves au Japon ont donc un peu plus d’une année de scolarité d’avance par rapport aux élèves en France.

Diapo 6: Mais ce qui est préoccupant pour la France ce sont les différences de performances entre élèves.

  • Ce graphique montre que la proportion de bons et très bons élèves, c’est-à-dire au-dessus du niveau 4 de compétence est élevée et stable à 29% de l’ensemble des élèves, c’est-à-dire plus que la moyenne OCDE.
  • Les très bons élèves (niveau 5 et 6) en France représentent environ 8 % de l’ensemble des élèves de 15 ans, ce qui est au niveau de la moyenne OCDE. À ces niveaux, les élèves sont très bien équipés pour aspirer à une carrière scientifique de haut niveau.

Diapo 7: En revanche, la proportion d’élèves en difficulté en sciences est malheureusement aussi élevée. 

  • Dans ce graphique, nous avons la proportion d’élèves sous le niveau 2, qui est le seuil de compétence que tous les élèves devraient atteindre à la fin de leur scolarité obligatoire. Par rapport aux résultats de 2006, la proportion de ces élèves est en très légère augmentation en 2015 (représentant 22% en 2015 contre 21% en 2006). Seuls 10 pays sur  35 (à droite de la France sur le graphique) ont des proportions plus élevées d’élèves en difficulté.
  • Les pays performants de PISA 2015 en sciences ont une proportion importante d’élèves très performants et peu d’élèves en difficulté. On doit donc faire les deux.
  • Sur le graphique précédent on voyait que Singapour avait 24% d’élèves très performants, sur celui-là, on constate qu’à peine 10% des élèves sont en difficulté (sous le niveau 2) contre 21% en moyenne dans l’OCDE.

Diapo 8: Maintenant, nous allons traiter des résultats en mathématiques et en compréhension de l’écrit.

Diapo 9: La France se situe également au niveau de la moyenne des pays de l’OCDE en mathématiques mais les résultats sont en net recul depuis 2003. L’écart entre les garçons et les filles s’est réduit parce que les performances des garçons ont diminué.

  • En mathématiques, Singapour est le pays le plus performant avec un  score moyen  de  564 points —  plus de 70 points au-dessus de la moyenne de  490 points. Les pays et économies d’Asie devancent tous les autres pays en mathématiques.
  • En France, là encore, le système est tenu par ses bons élèves. Le pourcentage d’élèves en difficulté (sous le niveau 2 de compétence) en mathématiques a augmenté  une nouvelle fois en 2015. La proportion d’élèves en difficulté est aujourd’hui de 24 % (contre 17 % en 2003 et 22 % en 2012).

Diapo 10 – Point positif dans PISA 2015, la performance en compréhension de l’écrit des élèves de 15 ans en France se situe légèrement au-dessus de la moyenne de l’OCDE en 2015 et a légèrement augmenté depuis 2009.

  • Ceci s’explique par une meilleure performance des garçons et une plus grande proportion d’élèves très performants, tandis que le pourcentage d’élèves en difficulté reste stable.

L’élément socioéconomique a toujours un impact sur les résultats, mais le meilleur système éducatif peut diminuer cet impact.

Diapo 12 – Comme pour PISA 2012, les résultats sur l’équité ne sont pas satisfaisants pour la France.

  • On constate que les élèves issus des milieux les plus défavorisés en France ont quatre fois plus de chance que les autres d’être parmi les élèves en difficulté en sciences (contre 3 fois en moyenne dans l’OCDE). C’est la proportion la plus élevée parmi les pays de l’OCDE.
  • Aussi, près de 40 % des élèves issus d’un milieu défavorisé sont en difficulté, et seuls 2 % des élèves issus d’un milieu défavorisé se classent parmi les élèves les plus performants (contre 3 % pour la moyenne des pays de l’OCDE).

Diapos 13+14 – Les élèves issus de l’immigration représentent en France 13 % des élèves testés, ce qui est un pourcentage stable et équivalent à la moyenne de l’OCDE.

  • En France, le score en sciences des élèves issus de l’immigration est inférieur de 62 points à celui des élèves non immigrés. Même après contrôle du milieu socio-économique, les élèves issus de l’immigration en France ont un score en sciences inférieur de 32 points à celui des élèves non immigrés.
  • Cependant, point plus positif, la performance en sciences s’améliore de 37 points en France (contre 22 points, en moyenne, dans les pays de l’OCDE) si l’on compare la performance des élèves immigrés de la première et de la deuxième génération. Ceci dit, l’écart avec les enfants non issus de l’immigration reste important.

Diapo 13 – Concilier bonne performance en sciences et équité sociale est chose possible. D’ailleurs, un nombre grandissant de pays OCDE sont plus performants et plus égalitaires en 2015 qu’en 2006.

  • Sur ce graphique, le Canada, la Corée, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, le Japon, la Norvège et le Royaume-Uni réussissent à avoir de très bons résultats sur l’équité. La France fait malheureusement partie des pays où le milieu socio-économique explique plus de 20 % de la performance obtenue par les élèves de 15 ans en sciences (la moyenne est de 13%). Seuls la Hongrie et le Luxembourg dans l’OCDE ont un niveau supérieur à 20 %.

Diapo 14 – Les problèmes d’équité se retrouvent au niveau des filières professionnelles: En France, la différence de score en sciences entre les élèves des filières générales et ceux des filières professionnelles est de l’ordre de 43 points, après prise en compte de leur milieu socio-économique (contre une différence de 22 points en moyenne dans les pays de l’OCDE).

  • Dans l’enseignement secondaire, en France comme dans de nombreux autres pays, ce sont encore trop souvent les élèves ayant obtenu des résultats médiocres au collège qui sont orientés vers la voie professionnelle, cette dernière souffrant par conséquent d’un réel problème d’image et de qualité. Pourtant, une formation professionnelle de qualité est un véritable tremplin vers l’emploi, comme le montre l’expérience de l’Allemagne, ou de l’Australie.
  • Il conviendrait donc de les valoriser davantage en France pour que l’investissement soit plus rentable.

Diapo 15 – Je vous invite maintenant à regarder les indicateurs d’engagement des élèves en sciences.

Diapo 16 – En France, les élèves sont  plus nombreux que la moyenne OCDE à s’intéresser aux sciences (72% contre 64%) et à s’amuser en étudiant les sciences (69% contre 63%).

  • Mais seul un élève sur cinq envisage d’exercer une profession scientifique à l’âge de 30 ans (contre 1 sur 4 en moyenne OCDE).
  • Les différences entre les sexes sont importantes. Les garçons sont deux fois plus nombreux que les filles à s’intéresser à l’ingénierie, les sciences ou l’architecture. En revanche, les filles  se montrent  trois fois plus intéressées pour les professions médicales.

Diapos 17+18 – La proportion des élèves prévoyant une carrière en sciences varie fortement en fonction de leurs performances et de leur milieu socio-économique.

  • Seuls 8 % des élèves en difficulté font part de telles attentes, contre 13% de moyenne dans l’OCDE. À l’opposé, les élèves très performants sont près de 48 % à souhaiter exercer dans le milieu scientifique contre seulement 42 % pour la moyenne l’OCDE.

Diapo 19 : Enfin, quelques mots sur les pratiques éducatives.

Diapo 20 : Tout d’abord, la pratique du redoublement est en recul en France avec une réduction de 16 points entre 2006 et 2015.

  • Mais à 15 ans, 22 % des élèves ont redoublé au moins une fois avant l’âge de 15 ans, ce qui reste encore le double de la moyenne OCDE.

Diapo 21 : On note aussi de grandes différences de la France par rapport à la moyenne de l’OCDE dans l’évaluation de la qualité des établissements.

  • Seuls 23% des élèves de 15 ans rapportent avoir été interrogés sur l’enseignement qu’ils reçoivent contre 69 % dans l’OCDE.
  • 77% des enseignants ne bénéficient pas de systèmes de tutorat au sein de l’établissement, contre 30 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE.

Conclusions  – Les 4 grands défis pour la France.

Madame la ministre, mesdames, messieurs,

Les résultats de PISA mettent en avant combien il est urgent de réduire la fracture scolaire en France et d’inverser la courbe de l’échec.

La situation ne s’est pas aggravée depuis 2012, et c’est un point à souligner, et on a vu des signes encourageants dans les politiques mises en œuvre, notamment en termes de lutte contre le décrochage scolaire.

Cependant, le niveau des inégalités est toujours trop élevé.

À travers l’expérience d’autres pays, on a identifié des éléments qui peuvent être utiles pour la réflexion de la France. Cela inclut :

Soutenir les élèves et les établissements défavorisés. Il faut se centrer sur de meilleures ressources pédagogiques et d’infrastructures, en créant des incitations aux professeurs expérimentés pour travailler dans des établissements en difficulté;

  • Rehausser la qualité et la valorisation des filières professionnelles;
  • Renforcer la formation des enseignants et, avoir des informations sur leur performance;
  • Lutter contre l’échec scolaire dès le plus jeune âge.

Sur ces 4 enjeux majeurs, les bonnes pratiques internationales sont nombreuses. Vous pouvez les retrouver dans la brochure que nous avons préparée pour cet évènement.

Les pays les plus performants ont un point commun : ils  allient  l’excellence et la réussite pour tous.

Madame la ministre, vous avez engagé de nombreuses réformes qui sont proches des meilleures pratiques et qui peuvent rendre le système plus équitable.

Vous avez ainsi renforcé la préscolarisation des enfants de 2 ans en zones sensibles, donné la priorité au primaire, redonné une vie aux écoles du professorat, modifié les programmes scolaires pour rendre les cycles plus cohérents ou encore lancé le plan numérique pour équiper les écoles.

Toutes ces mesures sont les bienvenues et l’OCDE a d’ailleurs encouragé à plusieurs reprises ces réformes tout en insistant sur le fait qu’il fallait les évaluer régulièrement et aller encore plus loin, notamment sur le volet de la formation des enseignants. J’aimerais donc profiter de votre présence pour dire aussi que les réformes ont besoin de continuité et de cohérence, ainsi que d’une mise en œuvre effective. Ce sera seulement comme cela que nous pourrons améliorer sa performance.

Espérons juste aujourd’hui que la France s’ajoutera à cette liste de pays performants avec équité dans un futur proche.

 Éditoriale de Presse, Résultats du PISA 2015 (France)

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