Éditoriale de Presse, Résultats du PISA 2015 (France)

Il y a quinze ans, l’OCDE a commencé à évaluer les systèmes éducatifs du monde entier en testant les connaissances et les compétences des élèves de 15 ans à travers le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Nous avons constaté dès la première étude en 2000 que, bien que se situant au niveau de la moyenne des pays de l’OCDE, les résultats de la France révélaient déjà un système dans lequel la situation socio-économique des enfants surdéterminait leurs résultats scolaires, et où les enfants issus des milieux sociaux défavorisés n’étaient pas suffisamment soutenus.
Les résultats de l’enquête OCDE-PISA 2015 viennent de tomber. Même si la performance de la France ne s’est pas détériorée depuis 2012, elle ne montre guère d’amélioration par rapport aux cycles précédents.
Les résultats de la France en sciences et en mathématiques se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE, tandis que la performance en compréhension de l’écrit est légèrement au-dessus de la moyenne. Toutefois, le système en France reste trop dichotomique : tenu par ses bons élèves, dont la proportion est stable et supérieure à la moyenne des pays OCDE, mais ne s’améliorant pas par le bas, avec une proportion d’élèves de 15 ans en difficulté en sciences toujours au-dessus de cette même moyenne OCDE. D’après l’évaluation PISA 2015, les élèves des milieux les plus défavorisés ont quatre fois moins de chances de réussir que les autres. Ceci ne représente pas seulement une tragédie humaine, mais également un frein au développement économique, qui n’est solide et pérenne que quand il est inclusif.
Concilier excellence et réussite scolaire pour tous est non seulement le meilleur moyen de s’attaquer aux inégalités sociales à la racine, mais aussi d’obtenir de bonnes performances. Les résultats globaux illustrent diverses bonnes pratiques mises en oeuvre à travers le monde pour améliorer l’égalité et la performance du système éducatif. À titre d’exemple, au Portugal, le programme des Territoires éducatifs d’intervention prioritaire (TEIP) cible son investissement sur les zones géographiques dont la population est défavorisée sur le plan social et où les taux d’abandon scolaire sont supérieurs à la moyenne nationale. À Singapour, qui devance tous les autres pays de PISA en sciences, les enseignants sont évalués à l’aide d’une grille de compétence exhaustive, qui inclut notamment la contribution au développement personnel et académique des élèves, ainsi que la qualité de la collaboration avec les parents.
En somme, la capacité d’un système à faire progresser ses élèves en difficulté, et ceux issus d’un milieu défavorisé, améliore la qualité générale du système et donc sa performance globale. Cependant, en France, l’investissement déployé dans l’éducation n’atteint pas toujours ces milieux. J’ai d’ailleurs moi-même vécu personnellement une illustration de ce dysfonctionnement : à mon arrivée en France, quand j’ai demandé des recommandations d’écoles primaires pour mes enfants, on m’a répondu : « ne choisissez pas votre école, mais plutôt votre quartier ». Comment venir à bout du lien subordonnant nos chances de réussite à l’école et dans la vie quand ce lien est lié à notre code postal ?
La France a déjà mis en oeuvre des réformes qui vont dans la bonne direction. En lien avec les recommandations de l‘OCDE, davantage de ressources, d’enseignants, de bourses et de soutien ont été déployés en faveur des élèves défavorisés. La Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 visant à lutter activement contre le décrochage et l’échec scolaire dès le plus jeune âge marque une étape importante. La mise en oeuvre récente des nombreuses réformes qui en découlent, dans le primaire et au collège, pourrait ainsi répondre, en fonction des modalités de leur mise en pratique, à certains enjeux actuels et contribuer à améliorer les résultats et la formation des élèves. Il est bien sûr trop tôt pour prendre la mesure des effets de ces réformes récentes dans les résultats de l’enquête PISA 2015. Elles étaient néanmoins nécessaires et devront être approfondies et évaluées régulièrement. Les enseignants joueront – comme dans d’autres pays avant la France – un rôle fondamental dans ces réformes, et doivent à ce titre s’en approprier les grandes lignes. Il conviendra donc de poursuivre la réforme du métier d’enseignant et de la placer au rang des priorités d’action.
Il importe surtout de souligner que, contrairement à une idée reçue assez répandue en France, les résultats de PISA 2015 démontrent que les réformes visant à réduire les inégalités sociales et scolaires ne conduisent pas à un nivellement par le bas des performances. Bien au contraire, dans les pays ayant entrepris de telles réformes, la proportion d’élèves en échec scolaire a en général reculé au cours des 10 années suivantes, alors même que celle des bons élèves a augmenté. Ainsi, parmi les pays de l’OCDE, le Canada, la Corée, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, le Japon, la Norvège et le Royaume-Uni sont autant d’exemples de pays parvenus à atteindre des niveaux élevés de performance en sciences et d’équité en termes de résultats scolaires, tels qu’évalués par l’enquête PISA 2015.
Nous avons choisi les sciences comme priorité d’évaluation de l’enquête PISA 2015. Une bonne compréhension des sciences et des technologies qui en découlent est indispensable, surtout à l’ère de la révolution numérique. Cette nécessité vaut non seulement pour ceux dont la carrière dépend directement de la science, mais aussi pour tous les citoyens soucieux de prendre position de manière éclairée dans les nombreuses questions qui agitent notre monde aujourd’hui, de la santé au développement durable, en passant par le réchauffement climatique. De nos jours, chacun doit être capable de « réfléchir comme un scientifique ».
Dans une perspective plus large, l’éducation est fondamentale en cette période difficile, alors que le populisme semble monter en flèche, que la France a été bouleversée par plusieurs attaques terroristes, et que les inégalités sociales dans le monde ont laissé pour compte un grand nombre de citoyens qui ne font plus confiance aux institutions. Plus que jamais, nous devons investir dans l’éducation scientifique de nos enfants, afin de répondre à cette ère post-factuelle par un dialogue ouvert et éclairé. Plus que jamais, nous devons renforcer nos systèmes éducatifs pour faire face à ces défis nous menaçant toujours de plus de divisions.

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